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All about balance. Tout est une question d'équilibre.
Cette phrase illustre Slack depuis ses débuts en 2005.
Alors que personne n’avait entendu parler de sangle molle, Damien Mercier décida de pousser le slackline vers les projecteurs en créant la marque Slack et le site www.slack.fr, ainsi que la boutique en ligne de slackline. Vous êtes ici sur notre blog.

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19 sept. 2016

Skyline : La Chandelle et le Trident du Tacul - Thibault Cheval et Julien Millot

Texte par Thibault Cheval :

Il y a deux ans, en compagnie d’une bande de copains bien barrées et hétérogène, j’avais voulu ouvrir une highline entre la Chandelle et le Trident du Tacul. Par manque de temps et d’effectif nous avions dû nous contenter de la poser à mi-hauteur de ces deux imposants monolithes de granit.



C’est au mois de Juin 2016 que Faith Dickey me parle du projet de Bernhard Witz : poser une highline entre ces deux tours situées sous l’imposant sommet du Grand Capucin. Il n’était pas au courant de la ligne avait été ouverte deux ans plus tôt et se montre très enthousiaste lorsque je lui donne les informations en ma possession sur l’accès, les voies, etc… Il me propose ensuite de me joindre à leur expédition, ce que j’accepte avec plaisir.

Après une très longue conversation via Internet avec tous les protagonistes, des heures d’organisation à distance, le rendez-vous est donné pour le mardi 6 septembre à 8h30 au parking du téléphérique de Courmayeur.

JOUR 1


Julien passe me récupérer à Chamonix aux alentours de 7h30, nous chargeons sa voiture du matériel récupéré la veille chez Slack.fr et nous mettons en route.
Après avoir traversé le long et puant tunnel du Mont-Blanc nous voici en Italie, le temps de trouver le parking du nouveau téléphérique et nous voilà déjà en train de trier notre matériel et de préparer nos sacs, en attendant Bernhard, Alain et Stephan, le photographe.



Le fameux quart d’heure savoyard n’est pas le seul apanage des habitants des bords du lac du Bourget, comme nous le montre l’équipe suisse-allemande, qui pointe le bout de son nez sur les coups de 9h.

Nous finissons ensemble le tri du matériel, le chargement de la pulka, et c’est parti pour trois quart d’heure de queue aux caisses du téléphérique… Une fois cette formalité accomplie nous chargeons nos lourds sacs (20kg environ) et notre pulka (50kg environ) sous l’œil médusé des touristes en short.
Dans la montée, inspirés par le paysage, nous rêvons à de nouvelles highlines et de nouveaux exits de BASE jump.



Arrivés en haut, vient l’heure de chausser les crampons, d’ajuster les sacs sur le dos, de s’encorder et de répartir les rôles : Alain Custovic, qui a le sac le plus léger, tirera la pulka. Il sera encordé avec Bernhard et Stephan.
Julien et moi, encordés et suivant Alain de près, nous nous relaierons pour maintenir l’équilibre de la pulka et pour la pousser dans les démarrages en côte.

Notre équipe ne passe pas inaperçue ainsi équipée !

Après un peu moins de deux heures de marches entre les crevasses, nous arrivons à notre emplacement de bivouac.
Le temps de monter les tentes et nous attaquons directement le pré-scotchage de la ligne. Une fois cette tâche terminée, nous prenons chacun de quoi grimper la voie qui nous a été attribuée.



Julien et moi grimperons la voie Bonatti-Tabou sur la Chandelle (ED-, 6b+) en hissant un sac rempli de corde et de matériel pour percer et réaliser un ancrage de highline correct, pendant qu’Alain, Bernhard et Stephan grimperont la voie Lepiney, en portant les cordes à fixer sur leur dos, l’inclinaison et le tracé de la voie ne permettant pas de hisser.



Notre voie se révèle être magnifique, aucune longueur à jeter, de la première longueur en 5c à la dernière en 6a, en passant par le 6b court et intense et le 6b+ plus long et continu, nous adorons chacune des longueurs et passons un très bon moment.

Une fois en haut nous trouvons un énorme bloc que nous pourrons ceinturer pour faire un ancrage naturel, nous posons un spit pour diriger les sangles de l’ancrage dans la bonne direction, racontons quelques blagues salaces et attaquons la descente, à la frontale pour Julien, et dans le noir complet pour moi qui ai oublié la précieuse fée électricité en boite.

Julien et Thibault
De leur cotés les copains ont du mal à trouver l’itinéraire dans leur voie, se perdent, montent, traversent, descendent, remontent… pour finir à 15m du sommet de nuit, et redescendre en fixant des cordes statiques jusqu’au sol, de manière à remonter plus facilement le lendemain.

Il est 22h quand nous nous retrouvons tous au campement.
Avec Julien nous nous jetons sur nos bières, préalablement mise au frais dans la neige, et Bernhard, qui, à notre question « did you bring beer » n’avait pas répondu, pensant à une blague, nous regarde avec des yeux ronds avant de nous tendre son godet pour une petite lampée de houblon !



JOUR 2


La nuit a été courte et froide. Pour Julien particulièrement, avec son matelas gonflable crevé qui lui donne une idée assez précise d’à quoi doit ressembler une nuit allongé dans la neige…



L’idée était de se lever à 6h45 pour partir du camp à 7h30 et attaquer la remontée des cordes fixes sur le Trident, pour enfin arriver en haut, préparer l’ancrage, et finalement hisser la slackline et conclure l’installation en début d’après-midi et commencer à faire des essais sur la ligne dans la foulée.

En voyant arriver Bernhard à 7h25, en train de se servir du lait dans ses céréales, on a vite compris que la journée ne se déroulerait pas selon ce plan.
Une fois tout le monde prêt nous avons reformé les équipes : Stephan, qui ne se sentait pas de refaire une montée aujourd’hui, resterait en bas avec Julien et se tiendrait prêt à faire la connexion une fois qu’Alain, Bernhard et moi aurions fini d’installer le coté Trident.



Sur la paroi, l’organisation est simple : Alain et moi remontons le plus vite possible les 200m de cordes statiques pour finir l’ascension du sommet et repérer les possibles ancrages, pendant que Bernhard nous suit en récupérant les cordes au passage, pour pouvoir les jeter de l’autre côté, en face Ouest, et y attacher la sangle.
Après quelques oublis de cordes et de nourriture, nous jetons finalement les cordes dans la face ouest. 

Alain descend en rappel dessus pour défaire les nœuds que les imperfections de mon lovage ont créé, et faire la connexion avec Stephan en bas.
De son côté Julien a attaqué la remontée sur corde sur la Chandelle, avec la slackline attachée sur lui, pendant que, simultanément, je m’occupe du hissage de la sangle coté Trident.



Une fois la ligne au sommet et la connexion Trident-Chandelle établie, Ju nous fait passer le perfo pour que nous puissions équiper notre côté.
La vire où nous nous trouvons étant 15m plus haute que le sommet de la Chandelle, nous rappelons sur une magnifique arête ciselée pour trouver un emplacement où faire notre ancrage. De ce côté pas d’ancrage naturel possible, nous devons poser des spits : deux pour la ligne, et un en backup.

A 19h, après avoir dû gérer de nombreux problèmes d’organisation et d’installation, je m’élance enfin en poulie sur la ligne pour rejoindre la ligne de descente de la Chandelle, suivi de Bernhard.
Une fois de l’autre côté, Julien nous sauve en nous tendant une demi-bouteille d’eau ; après une après-midi en altitude, au soleil et sans rien boire, c’était un bonheur sans nom !

Une fois en bas, rebelote : bière, pistache, cacahuètes grillées, les français ont prévu le coup pour l’apéro, et la rigueur suisse se laisse rapidement attendrir !

Comme c’est notre dernière nuit, Alain, le cuistot de l’expédition, nous laisse le choix du menu : ce sera veau aux carottes et riz, un vrai festin fait maison et mis sous vide en prévision des repas du soir, chapeau bas Alain !




JOUR 3


Levés aux aurores pour profiter de la ligne avant de partir, Julien et moi n’attendons personne et nous mettons rapidement en route vers la ligne de cordes fixes sur la Chandelle.
Une heure et 200m de corde plus tard nous sommes au sommet, bien échauffés, et bien essoufflés.






Le créneau est mythique, imaginez : nous sommes deux, sur un sommet pas très grand mais plat et confortable, au soleil, sous une tempête de ciel bleu, pas un souffle de vent et la ligne pour nous pour les trois prochaines heures, minimum. Le rêve éveillé.

Julien monte sur la ligne en premier. Il est tendu. La ligne fait 87m, à plus de 3500m d’altitude, 200m au-dessus du glacier. Elle est plus longue que la ligne de sa meilleure perf’, et dans un contexte autrement plus stressant ! Mais le mental d’un des papas français de la slackline est toujours là ! Après quelques catchs et quelques repos, il enchaîne la moitié de la ligne avec un sourire jusqu’aux oreilles, ça fait plaisir à voir !



Suite du texte par Julien Millot :

Et oui, on ne peut pas dire que je m’entraîne régulièrement ces derniers temps en highline, mais étrangement les sensations et la facilité du setup (Moonwalk + Backup 8mm dyneema gainé) rendent la traversée des plus agréables. Etre acclimaté après 3 jours de haute montagne doit aussi y être pour quelque chose.

Au tour de Thibault qui passe son premier aller en quelques catchs pour se détendre, avant d'envoyer un retour avec un départ un peu loin de l'ancrage pour certains, mais qui justifie pleinement le terme de traversée à mes yeux. Il y a 3m de différence de niveau entre les ancrages, assumés à l'équipement car logiques par rapport aux vires, cela expliquant le lever de retour un peu plus loin que le bord car nous glissons sur la sangle à cause de la pente.

Faith est enfin arrivée au camp de base, après un voyage depuis Ostrov qui pourrait déjà être le sujet d'un film à part entière, prête à remonter les cordes et faire un peu de highline de haute montagne. Bernhard et Stephan jumardent déjà, profitant du prétexte de faire des photos en contre-plongée de nos essais pour reprendre leur souffle.

L'heure avance, un aller/retour sur 87m prend bien 45min quand on tombe beaucoup, je retourne me finir les bras, et prendre un maximum de plaisir en me faisant rouster car après tout on est là pour ça.
Thibault fait un dernier aller/retour pour valider, et c'est déjà l'heure de redescendre.


Nous croiserons Faith dans les rappels, et sa compagne de voyage Heather au camp de base. La remontée vers le téléphérique se fera avec des sacs déjà bien lourd, laissant derrière nous la responsabilité de désinstaller une des highlines les plus difficiles d'accès au monde au reste de l'équipe. Après tout ils vont encore en profiter 2 jours, et conclure par une désintallation sans problèmes après une expédition de 5 jours. Bravo et merci à eux pour le line service.


Une équipe d' « anciens », un jeune qui n'en veut, une pulka, 4 tentes, un camp de base au pied des plus belles voies de haute montagne du massif, du beau temps, trop de matériel, du fun, mission plaisir pleinement remplie !


Profil de Thibault Cheval

Julien Millot





10 août 2015

Bis Répétita, Et Plus Si Affinité...


On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie. On l’apprend très tôt à l’école et la vie se charge de nous le rappeler de manière régulière. C’est ainsi qu’aspirant à une tranquille semaine de travail confortablement assis devant mon ordinateur, je m’imaginais pouvoir me lamenter à loisir à cause de la chaleur, du soleil qui cogne trop fort et de l’eau du lac bien trop tiède. En bref, je me réjouissais de la perspective de ces journées de cloisonnement à venir.




Bien entendu ce fut le moment précis que le destin choisit pour me rappeler que la routine n’est pas un luxe qu’il me sera permis d’atteindre de si tôt! Corentin Bruet s’était mis en tête de répéter une vielle expédition des (feux) Skyliners (‘sont pas morts… ils ont juste changer de nom…) en retournant installer le Trésor Gap, la highline traversant les 28m de la brèche Tré La Porte dans le massif du Mont Blanc. Et même, débordant d’initiative et ne rechignant pas à portrer un sac à dos bien trop chargé, il ne cachait pas l’idée d’ouvrir une nouvelle highline. Plus longue, plus molle, plus moderne quoi!
Ayant laissé sous-entendre que peut-être il me plairait de participer à une expédition de ce genre, Corentin me prit au mot et je fus d’office compris dans la liste des highliners de haute montagne. Au nombre de six, l’équipe se composait de Corentin, Richard, plus connu sur la toile sous le sobriquet de Brad la Masse, d’Antoine Mesnage, Thibault Cheval et de son cousin Mat l’Indien. Nous n’étions loins d’êtres tous des alpinistes aguerris mais la « rando » était facile à ce qui se racontait plus bas dans la vallée.



J’avais pour ainsi dire une mission professionnelle à remplir lors de cette aventure. J’avais besoin d’images in situ de la nouvelle Moonwalk, sangle virile à la couleur saumon. Ne pouvant plus compter sur une météo défavorable, je me résolu donc à remplir mon sac, le chargeant à contre-coeur de tout l’attirail nécessaire à un bivouac en montagne, doublé d’une mission highline, triplé d’une session photo. Le regard perdu dans les pics et les arrêtes de rocher se dessinant dans le lointain, le petit train de Montenvers grimpait vers son invariable destination alors que je pensais à mes collègues de bureau bronzant devant leurs écrans d’ordinateurs. Je dus laisser échapper un soupir. 



S’en suivit une descente d’échelles vertigineuses dont notre ami l’Indien se souviendra longtemps (ah les virées highline en haute montagne quand on a le vertige, rien de tel pour faire le plein de bons souvenirs). La remontée de la Mer de Glace se fit quant à elle sans encombre. D’ailleurs à voir la pâle figure du glacier, il n’encombrera plus grand chose d’ici quelques années… La triste réalité nous frappait de plein fouet, fin juillet, il fait chaud et la glace fond! Les marchands de cartes postales pourraient avoir la décence de ne pas vendre de cartes montrant le glacier pimpant dans son ancien manteau blanc, c’est déprimant.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous étions arrivés devant un nouveau mur d’échelles en haut duquel zigzaguait le sentier menant au refuge de l’Envers des Aiguilles. Nous l’avons quitté sous la brèche pour finir de crapahuter dans un pierrier au milieu duquel coulait l’eau du glacier de Tré La Porte qui fondait sous la chaleur estival. Enfin, lorsqu’aucun nuage ne s’agrippait à l’Aiguille de la République et au Grépon. Oui, nous étions hélas sous l’unique nuage du massif. Mais rassurez-vous, d’autres nous ont rejoint dans la soirée. 




La highline de 28m fut rapidement installée et tendue « à l’ancienne », comprenez comme un cable. Plus qu’une réelle volonté, peut-être était-ce dû au fait que la sangle faisait deux mètres de moins que le gap… Finalement, alors que la lumière déclinait, Thibault, Antoine et Corentin finirent de pinailler pour enfin commencer à installer cette nouvelle highline de 70m qui allait écoper du nom de « Saumon Dépucelé ». Première highline pour notre Moonwalk à la couleur unique.

Le soir était là et le vent nous frigorifiait. Corentin fut régulièrement rabroué pour nous avoir vendu un ciel dépourvu de nuage d’où les étoiles pourraient à loisir se réjouir de notre présence, nous observant depuis leur canapé stellaire. Mais non. Avant de rejoindre nos couchages, nous avons ingurgité notre soupe à l’eau du glacier, puis notre riz/macédoine à l’eau du glacier avant de nous rincer un peu la gorge, toujours avec l’eau du glacier et ses minéraux bien tangibles qui croquaient sous les dents. Corentin fut néanmoins félicité pour la météo radieuse du lendemain car nous sommes peut-être des rustres mais pas rancuniers.




L’heure était donc venue de se mettre au travail. Baudriers au fesses chacun s’affairait à ses petites affaires. Richard jouait des massues sur le Trésor Gap, Corentin, Thibault et Antoine s’amusaient à dépuceler le saumon et notre indien bravait sa peur du vide en s’offrant un aller-retour en poulie au dessus de la brèche. Tantôt sautant de rocher en rocher, pendu à une corde ou au milieu d’une highline je m’occupais de mes photos lorsqu’Antoine me rappela que moi aussi je faisais de la highline et qu’il serait de bon aloi de  m’y coller. Moi qui pensais passer inaperçu… En bon papy de la highline, je me suis contenté de m’aventurer sur les 28m sur-tendus (trop tendus?!) et d’y faire deux aller-retour qui - avouons-le - m’auront mis la banane pour plusieurs jours. Nous étions des skyliners! Merde alors!





Mais comme les lauriers c’est bon dans le pot-au-feu mais faut pas trop s’y reposer, nous avons engager le démontage et amorcé la décente afin de ne pas manquer le dernier train vers la civilisation. Accomplir de grandes choses c’est bien, mais ça ne vaut pas de se les remémorer devant une bière! Ou encore devant un ordi au bureau le lendemain. C’est là, confortablement assis, entouré de ses collègues qu’on se dit qu’on était bien là haut et on se demande alors ce qu’on fait là, assis entre quatre murs. Mais bon, on ne fait pas toujours ce qu’il nous plait!





Texte et photos : Fab Wittner




18 sept. 2014

Wingsuit VS Highline - Les idées saugrenues de Mr. Millot



Il y a des idées qui prennent leur temps pour mûrir, de ces idées dont on ne se défait pas. Les projets s’enchainent, le temps passe mais elles sont toujours là. Ça va tomber un jour ou l’autre c’est sûr, on les sent venir.
Et un matin, paf. C’est le moment, toutes les conditions sont réunies, l’idée se transforme un projet, et le projet devient une aventure.




A cinq dans la camionnette Slack, le coffre rempli de sangles, cordes, baudriers, matériel vidéo et photo en tout genre, nous faisons route vers Chamonix. La dernière fois que nous y avions mis les pieds tous ensemble c’était pour que Julien passe en wingsuit dans un anus géant. (que j’avais peint en y mettant tout mon coeur) A nouveau, nous visons le Brévent, où plutôt le couloir de l’Ensa. 
Le projet qui a germé dans la tête de l’ami Julien consiste à passer sous une highline en wingsuit. Oui, pourquoi pas? On ne s’image pas comme ça, mais ce n’est pas chose aisée que de trouver un endroit qui se prête à ce genre de cascade. Le pauvre Julien a dû passer un temps fou à explorer une multitude de spots de wingsuit avant de se rendre à l’évidence, son eldorado était juste sous son nez, au beau milieu du couloir de l’Ensa. Nombreux sont ceux qui sans le savoir avaient déjà pris la trajectoire qui filait sous la highline que nous allions tendre. Il ne nous restait plus qu’à l’installer.




Une fois le camp de base monté sous le sommet, notre caravane de l’extrême s’est mise en route. Tous chargés comme des mules, nous avons contourné les falaises du Brévent pour enfin accéder au couloir, quelques centaines de mètres en contre-bas. Glissades, chutes de pierres et sueur furent au rendez-vous à la descente comme au retour. La ligne d’une cinquantaine de mètres fut tendue juste avant la nuit, le temps pour Julien, Tancrède et Corentin de faire chacun un rapide passage. En face de nous, le Mont Blanc retenait désespérément les derniers rayons de soleil. La remontée se fit dans la pénombre et le diner à la frontale. Nous passerons les détails d’une nuit fraiche, durant laquelle certains constatèrent la limite de leur matériel ou simplement souffrirent de l’absence de duvet tout court. Bref, les premiers rayons du soleil furent plus que bienvenus. Ils finirent de nous réchauffer après la ration de café préparée par Tancrède; qui avait pris son réchaud, lui. Nous, non. On s’était dit qu’on économiserait du volume et du poids. C’était con, merci Tancrède d’avoir sauvé notre petit dèj.




La tête enfarinée, quoique bien réveillés par la fraicheur du matin, nous avons entamé la descente vers la highline. Le Mont Blanc était toujours à sa place - où pourrait-il aller d’autre? - la tête dans les nuages et les pieds qui chauffaient au soleil. Une place enviable. De notre côté de la vallée, la rosée rendait la descente un peu plus glissante que la veille. Guillaume, chargé de son drone et des caméras qui allaient avec, a particulièrement apprécié le trajet.




Arrivés sur place, nous avons déballé les caméras et appareils photos. Chacun a pris ses quartiers dans des recoins plus ou moins exposés du couloir alors que Freddy et Tancrède zippaient leurs wingsuits au sommet du Brévent. Une distribution de high five aux touristes matinaux et c’était l’envolée royale. Tancrède est passé devant, Freddy le suivait un peu plus haut. Sur la slack, Julien poireautait debout sans bouger, les fesses serrées, tenant bon l’équilibre en attendant que les deux oiseaux arrivent. Les rubalises blanches et rouges flottaient mollement avec la brise qui remontait du couloir. On entendit à peine le bruit des wingsuits, couvert par le drone qui bourdonnait au-dessus de nous. On était presque un peu tendus. Tancrède passa comme une flèche, sous la highline. Freddy décida lui aussi de passer au-dessous, préférant éviter la collision avec Julien. C’était fait. Tout s’était bien passé.

On pouvait maintenant attendre qu’ils recommencent.




Le temps que Tancrède et Freddy fassent la rotation jusqu’au sommet, d’autres potes, habitués à sauter du Brévent, passèrent nous rendre une rapide visite. Mais le temps est compté pour le wingsuiter du Brévent, à 10h30, c’est le tour des parapentistes d’occuper l’espace aérien. Le moment pour nous de démonter la highline, remballer tout notre bordel arriva vite. Restait maintenant à se mettre une bonne suée pour tout remonter au sommet où la benne nous attendait pour redescendre… oui, nous sommes montés pour redescendre? Même si ça a l’air de défier la logique c’était plus rapide et plus facile. 

Retour au camion, où Tancrède et Freddy nous attendaient. Congratulations, accolades, nous avons récupèré les rushes des caméras embarquées et c’était déjà le temps pour nous de rentrer à Cons Sainte Colombe. C’est qu’on avait une journée de boulot qui nous attendait.




Big up à Corentin qui a enchainé le Grépon et sa highline dans la foulée et un pensée pour Alex Duncan qui a fait son dernier vol ce jour là.


Crédit Photos : Fabrice Wittner